Dans l'affaire du .XXX, l'ICANN vient d'être jugé coupable de comportement injuste envers le candidat à la création de cette extension dédiée à la pornographie, ICM Registry.
Cette décision a été rendue par le panel d'arbitrage indépendant de l'ICANN. C'est la première fois que ce service est utilisé et ce dossier était perçu comme un test de son sérieux. Et de la volonté de l'ICANN de se soumettre à de vraies analyses indépendantes lorsque ses décisions sont contestées.
Or peu le furent autant que le .XXX. Cette extension demandée dans le cadre de l'appel à candidatures de 2003 (celui qui a également vu la création d'extensions comme le .ASIA, le .MOBI ou le .TEL), validée par le Conseil d'administration de l'ICANN, puis bloquée par l'administration américaine (la seule fois, sous l'ancien système qui donnait un droit de véto direct au gouvernement des Etats-Unis, que ce droit a été utilisé de manière aussi flagrante). Sous l'impulsion du PDG de l'ICANN de l'époque, Paul Twomey, et du Président du Conseil Vint Cerf, l'ICANN était alors revenu sur sa décision et avait retiré le feu vert accordé au .XXX.
Fort logiquement, le panel a considéré le comportement de l'ICANN dans cette affaire comme ni juste, ni indépendant, ni objectif. Concrètement, cette décision va amener l'ICANN à devoir couvrir l'intégralité des USD 473 744,91 de frais de procédure. Mais au-delà, son Conseil d'administration va maintenant devoir revoir la décision prise en 2007 de bloquer le .XXX.
Dès sa prochaine réunion (à Nairobi, début mars), le Conseil pourrait donc être amené à autoriser le .XXX. Ce serait une victoire énorme pour ICM Registry, après des années et des millions de dollars de procédure (le montant réel des coûts supportés par ICM Registry depuis le début de cette saga politico-judiciaire dépasserait les 6 millions de dollars). Et ce avant l'avènement des nouvelles extensions, qui pourrait amener des demandes sur des extensions similaires (un .SEX par exemple). Demandes qui seraient de fait automatiquement bloquées si le .XXX était déjà validé, pour cause de trop grande similitude avec une extension existante.
Stuart Lawley, le patron d'ICM registry, m'a dit un jour estimer la valeur d'un .XXX à 150 millions de dollars. Il n'a jamais nié son intérêt commercial pour ce projet, mais également son envie de voir l'ICANN reconnaître ses torts et se comporter de manière juste vis-à-vis des entrepreneurs que l'organisme tente constamment de faire venir sur ses projets.
Avec la décision du panel de l'ICANN, il a peut-être enfin obtenu gain de cause. Et pourrait de fait se voir accordé le .XXX plus vite que prévu… pour un lancement avant fin 2010 ? En cas de feu vert à Nairobi, c'est possible !